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Thru-hiking, l'ultra-trail version randonnée

Thru-hiking, l'ultra-trail version randonnée

  • #Thru-hike
  • #Préparation
  • #Performance

« Salut je reviens dans six mois... ah et n’essaye pas de me joindre je risque de ne pas avoir beaucoup de réseau... ». Un « au revoir » qui pourrait donner une idée de ce qu’est le thru-hike, à savoir une randonnée longue distance, que l’on parcourt end-to-end. Une aventure qui prend généralement quelques mois, voire une bonne année.

Thru-hike ?

Le terme Thru-Hike, qui nous arrive des States, faisait initialement référence aux mythiques PCT (Pacific Crest Trail), CDT (Continental Divide Trail) et autre AT (Appalachian Trail). Avec le temps la pratique s’est exportée et des thru-hikes ont vu le jour un peu partout le Monde.

Une brève histoire du thru hike

La marche a longtemps représenté un moyen de transport, pour le commerce notamment ou l’approvisionnement, permettant de joindre des endroits difficiles d’accès, ou même simplement pour couvrir de longues distances à moindre coût. Ainsi des sentiers de marche ont été ouverts à travers les territoires les plus reculés. À travers le temps la marche est devenu un loisir, un plaisir, un outil de voyage et d’exploration. Alors de nombreux sentiers se voient relier pour créer de longues marches ininterrompues permettant aux néo- randonneurs de battre le pavé plusieurs mois d’affilée à travers le pays. En 1923, un forestier du nom de Benton MacKaye ouvre alors la première version de ce qui sera l’Apalachian Trail (AT). Au fil des ans le parcours se verra transformé, allongé jusqu’à devenir aujourd’hui un parcours international traversant le Canada jusqu’à Belle Isle au nord de Terre Neuve. Depuis les sentiers de thru-hike se sont multipliés, leur fréquentation continue d’augmenter d’année en année, si bien que le challenge n’est plus de trouver une de ces marches grandeur Nature mais de s’y préparer.

thru-hiking - luc gesell image 1

Une moins brève histoire de préparation

Qu’on se le dise, il ne s’agit pas de décider le vendredi soir pour le samedi d’aller faire une marche en forêt. Le thru-hike est un projet, pas un coup de tête. Il faut s’investir, s’engager pleinement dedans, et cela bien avant le premier pas. On dit que s’il faut 6 mois pour accomplir une telle marche, il en faut au moins autant pour la préparer.

J’ai croisé Jim et son fils sur les sentiers du cratère de l’Haleakala, à Hawaii. Après quelques échanges de politesse, de conseils faussement utiles entre marcheurs habitués, la conversation prend du galon quand le fils de Jim (qui restera le fils de Jim car je suis incapable de me rappeler de son nom) évoque sa performance de finisher sur le Pacific Crest Trail. À ce moment-là j’écoute, je n’ai pas de campagnes équivalentes à mon actif pour donner la réplique. Et à force d’écouter je retiens que le vernis de l’excitation est vite égratigné et poli au contact des kilomètres, du vent, de la roche, de l’écorce des arbres et de la lassitude. Le fils de Jim casse un peu le mythe « ça devient très vite votre nouveau boulot. Chaque matin vous vous levez avec une tâche à accomplir, entre 20 et 30 km, et vous vous couchez le soir en sachant que le job n’est pas fini. Ou plutôt qu’il est fini pour aujourd’hui mais qu’il faudra remettre ça demain. ». Bien sûr il y aura des moments de plaisir et de plénitude, c’est comme au boulot finalement. Merci le fils de Jim.

thru-hiking - luc gesell image 2

Ce que dit cet aveu est qu’il faut être préparé. Mentalement. Physiquement. Logistiquement. Pour le mental et le physique, rien de bien sorcier, vous multipliez les marches, sur différents terrains, climats, altitudes. Il n’est pas nécessaire (à moins que cela vous fasse plaisir) d’aller en haute montagne, les sentiers de thru-hike se baladent généralement entre 1500 et 3000 mètres d’altitude. La performance est dans l’endurance plus que dans la technique.

Entraînez-vous à partir en autonomie, allongez la durée de vos marches, un week-end, une semaine, un mois si vous le pouvez. Vous en apprendrez beaucoup sur vous et sur les surprises de la nature.

Tout ça, c’est de la pratique, de l’entraînement. La troisième jambe de votre préparation, la logistique, requiert plus de méthode. Vous devrez vous faire envoyer des colis tout au long du parcours. Cela nécessite beaucoup d’anticipation. Vous préparerez les colis avant de partir et devrez désigner un partenaire de confiance pour assurer les envois aux bons moments.

Petit point ravitaillement (il est évidemment hors de considération de trimballer avec vous 6 mois de nourriture). Ici, la méthode la plus populaire consiste à se faire livrer toutes les semaines votre nourriture pour la semaine suivante. De nombreux postes parcourent le trail (notamment lorsque vous pénétrez dans les Parcs Nationaux). Prévoir des envois réguliers vous offre plus de flexibilité dans la gestion des étapes.

Pensez au renouvellement de matériel : vous aurez besoin d’au moins une nouvelle paire de chaussures.

Le thru-hike, aussi une histoire de performance

Pour beaucoup de randonneurs, accomplir un thru-hike est le projet d’une vie. Pour d’autres, la pratique du thru-hike est leur projet de vie. Probablement pas pour le fils de Jim. Mais pour d’autres, si le thru-hike doit être considéré comme un job, alors pourquoi ne pas en faire son job 6 mois de l’année. Tous les ans.

Il faut dire que le statut de finisher doit en galvaniser plus d’un. Bon il y a un côté frustrant à être galvanisé à la fin de l’épreuve. Mais c’est sûrement aussi ce qui pousse certains à remettre ça. Il y a des titres pour les finishers. Par exemple, aux States, si vous finissez les trois plus grands thru-hike du pays, vous gagnez le statut de Triple-Crowner. Lint Hikes (dont vous pouvez suivre les performances sur instagram) est trois fois finishers sur les trois plus grands trails des États-Unis. Cette performance fait de lui un Triple-Triple-Crowner. Classe. Au passage, c’est le seul.

Ces performers du thru-hike, ont développé de vraies stratégies de marche qui passe souvent par l’allégement extrême de leur sac avec des charges allant de 4 à 6 kilos, quand le poids moyen pour le sac d’un randonneur lambda tourne autour des 25 kilos.

La France, par sa superficie plus restreinte n’offre pas cette typologie de randonnée longue à l’extrême en milieu sauvage. Toutefois, des projets de randonnée très ambitieux peuvent être accomplis. Le G20 en Corse en fait partie. La traversée des Pyrénées vous prendra facilement un bon mois, tout comme la remontée des Alpes que vous pourrez poursuivre jusqu’en Slovénie. Quel que soit votre projet, pensez à bien le préparer en amont. Et à bien boire sur la route. S’hydrater, c’est important. ;)