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Camping, sport ou loisir ?

Camping, sport ou loisir ?

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Les deux, mon commandant. L’article pourrait s’arrêter là tant la réponse est catégorique, mais on a en France – et c’est une particularité bien de chez nous – une image peu flatteuse du camping. Au Royaume-Unis, en Suède, en Allemagne, au Canada, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande... dans le reste du monde quoi, il y a une culture forte du camping qui dépasse les clivages sociaux. Chez nous un peu moins. Alors j’ai quand même décidé de rentrer un peu plus dans le détail de cet article, histoire de remettre la tente au milieu du village.

Différentes formes de camping

Il n’y a donc pas qu’un camping mais bien des campingS avec un grand « S », c’est-à-dire autant de façon de camper que de raisons de se retrouver dehors en pleine nature. Comme détaillé dans mon livre « CAMP : stories and itineraries for sleeping under the stars », le camping est autant un art de vivre pour ceux qui aiment juste s’échapper un petit week-end, que l’art de rester en vie pour beaucoup d’aventuriers de l’extrême. Entre les deux, il y a les surfeurs, les randonneurs, les roadtrippers, les pêcheurs et chasseurs, les cyclistes, les grimpeurs, les naturalistes... pour qui le camping est un moyen d’exercer leur passion.

Camper pour s’échapper

Le camping ne signifie pas forcément partir loin. Le camping n’a pas besoin de gratter, d’être rugueux, froid, humide. Il peut se vivre dans la chaleur d’une vieille couverture en pure laine. Il n’a pas besoin d’être extrême ou sauvage. Il peut l’être. Mais pas nécessairement. Le simple fait de dormir dehors en est une fin en soi. Une « micro-aventure » selon le concept formulé par Alastair Humphreys. Votre première nuit dehors peut se vivre dans votre jardin. La seconde, juste en dehors de votre ville. Il n’est pas une ville au monde qui n’ait pas un bois, une prairie, un jardin à moins d’une heure. Même Paris.

Ici camper c’est rechercher le confort de la maison, mais en dehors de la maison. C’est prendre des échantillons de chaque pièce chez soi, les rassembler dans un sac à dos, un coffre de campervan et partir le temps d’un week-end. D’une nuit. C’est créer une capsule en-dehors du quotidien, avec les objets du quotidien. Balader votre chien, lire au pied de la cheminée, préparer le dîner. Dehors, votre chien ne courra pas dans un parc mais dans les bois, vous appellerez votre cheminée « feu de camp », et vous dînerez à la belle étoile et pas sous un luminaire...

Camper pour une aventure en itinérance

Que vous partiez à pieds, en kayak, en vélo, en moto... vous êtes parti pour répéter l’effort chaque jour. Et le camping vous permettra de faire le lien entre chaque journée, où que vous soyez. Le camping allonge les distances et dégage l’horizon en ce sens qu’il permet d’aller plus loin et de rester dehors plus longtemps. Le camping est un moyen de locomotion en soi, vous faisant voyager d’un jour à un autre, partout. La seule différence avec votre kayak ou votre vélo ou vos chaussures de randonnée est que le camping vous emmène au jour d’après sans le moindre effort en vous reposant. En somme, votre vélo vous transporte le jour et le camping la nuit.

Lorsqu’on s’engage sur des aventures à étapes, le confort n’est plus le cœur du sujet. Un effort répété sur plusieurs jours requiert de bonnes conditions de récupération, mais ici il faut faire équipe avec la notion d’équilibre. Le curseur à placer dans votre sac à dos se trouvera entre plaisir et nécessité. Entre Art de vivre et discipline. Quelle place pour votre système de couchage ? Tente ou hamac ? Hamac ou matelas de sol ? Matelas de sol ou uniquement sac de couchage ? Une série de questions en cascade dont les réponses dépendent de la connaissance et reconnaissance du terrain, de la météo, et d’un certain esprit d’anticipation.

Anticiper c’est choisir. Connaître à l’avance les conditions météorologiques ou la typologie des sols et des territoires que vous traverserez vous aideront forcément à choisir. Chose précieuse quand on doit confiner 1 semaine ou un mois de matériel dans un sac, une sacoche, ou une pulka.

Même s’il y a plus de discipline dans cette forme de camping, elle conserve un plaisir absolu qui se trouve dans son ADN. Elle crée un rituel, un refrain que l’on répète chaque soir et chaque matin. L’idée n’est pas de savoir si l’on dort mieux ou moins bien que dans le « camping loisir », mais de camper de façon appropriée pour profiter au maximum des charmes et possibilités qu’offre ce camping, malgré le petit supplément de règles.

Camper pour approcher et observer la vie sauvage

Vagues, grizzlys, saumons, baleines, oiseaux rares, lumières, aurores boréales, australes, panoramas, sont des sujets parfois timides, d’autrefois capricieux, qui peuvent compliquer les projets des surfeurs, photographes, observateurs, pêcheurs, randonneurs et autres aventuriers qui courent après.

Approcher la vie sauvage avec un objectif en tête exige de s’investir davantage dans sa relation avec la nature. C’est-à-dire l’écouter mieux et plus. Faire l’effort de la comprendre. Passer du temps avec elle. On est moins sur un coup de tête « ce soir je pars observer les grizzlys ».

La vie sauvage ne nous appartient pas. Nous surfons parce qu’elle nous offre des vagues. Nous pêchons à la mouche parce qu’elle rappelle les saumons à la source. Mais tout ça n’arrive pas comme ça, quand on en a envie, quand on le décide. Il faut de la patience, du timing, de la préparation, de l’anticipation, de l’adaptation.

Le bivouac est un outil de patience. Il a offert du temps dehors à tous ces « curieux » et un abri en attendant que la nature libère ou dévoile ce qu’ils sont venus trouver.

Minimaliste ou super équipé, le campement du « chasseur » devra être imperceptible aux yeux, au nez et à l’oreille des espèces qui habitent et forment cette vie sauvage.

En quête de vagues, de neige, d’aurores, ou d’autres phénomènes naturels, votre problème se trouve davantage en amont de votre bivouac. Ici, le spot parfait n’est plus une question de terrain mais de timing. Il faut être là au bon moment, et ce moment peut-être à l’aube ou en pleine nuit.

Dans tous les cas, votre capacité à être patient rendra le bivouac plus ou moins confortable.

Camper pour explorer et repousser les limites

Si le bivouac peut être un art de vivre, il se trouve aussi être l’art de rester en vie.

Les techniques et matériels extrêmes ont permis à de nombreux aventuriers, des athlètes, d’engager leur corps et leur courage dans d’infiniment grandes expéditions. De nombreuses voies n’auraient pas été ouvertes, de nombreux murs n’auraient pas été grimpés, d’immenses territoires n’auraient pu être explorés ou ré-explorés sans innovations ni sans challengers.

Dormir par -20°C, par des vents violents, ou à plus de 6000 mètres d’altitude, suspendu à un mur, ou sur des plaques de glaces mouvantes rend l’énoncé extrêmement différent de celui des bivouacs racontés précédemment. L’excitation d’être dehors reste le dénominateur commun. Mais ici l’objectif majeur est de se reposer (dans ces conditions il en va de la survie du campeur) dans le spot le plus sécurisé possible – ou en tout cas le moins dangereux.

La notion de confort devient toute relative. Elle désigne plutôt un ensemble de moyens qui permettent de passer au lendemain en sécurité. Parfois dormir une heure relève du confort. C’est tout le sujet. Dans cette catégorie, on ne choisit pas son spot parce qu’il fait rêver. Le spectacle est une option pas toujours disponible. D’ailleurs, dans bien des cas on ne choisit pas son spot. Le rythme et les conditions l’imposent. C’est alors qu’il faut des équipements et une préparation sur-mesure. À la mesure de votre sécurité.